Retour dans l’Est, 2017

« C’est un voyage mère-fille dans la terre d’origine de la mère, terre qu’elle a reniée, mais dont elle garde un accent plein de « r » roulés qui la complexent, et que je n’entends pas, et tous ses souvenirs d’enfance. Elle a passé maintenant bien plus d’années dans ce petit village de Suisse que dans sa Bucarest natale et elle déteste qu’on lui demande d’où elle vient. Mais même si, comme beaucoup d’immigrés, elle est plus patriote que ceux du cru, elle reste marquée par la provenance, et les odeurs, et tout ce qu’elle a appris là-bas, année après année jusqu’à ce qu’elle s’en aille.
C’est pour ça que j’ai voulu ce voyage. Parce que cet accent et cette altérité sont la musique de mon enfance; c’est eux qui m’ont guidée vers l’âge adulte, et pourtant, je ne les perçois pas. »

Retour dans l’Est, Faim de siècle, 2017

Contribution à la Collection Le cippe, hors série sur la Ville de Bienne

Pour fêter à la fois les dix ans de la collection Le cippe et son 20e titre, l’ACEL – Association pour une Collection d’Etudes Littéraires, qui a son siège à Bienne – publie un cippe hors série autour de la Ville de Bienne, dans les pas de Walser et sur les traces de Rousseau, avec une série d’inédits spécialement écrits pour l’occasion par des écrivains de renom et de jeunes plumes prometteuses. De manière littéraire, par le truchement d’une trentaine de textes, les auteurs font bien davantage que de croiser leurs voix. Ce livre constitue un vrai échange, transversal et actif, en ce sens qu’il instaure un véritable dialogue avec le génie d’un lieu aussi alémanique, et que des femmes et des hommes se penchent sur une région frontalière pour la faire entrer dans leur oeuvre francophone.
Hommage littéraire, artistique et poétique à un lieu, un paysage, un art de vivre que se disputent deux cultures.
Collectif formé de nombreux auteurs et artistes français et suisses, parmi lesquels : François Beuchat / David Collin / Isabelle Fluekiger / Alexandre Friedrich / Blaise Hofmann / Jacques Lèbre / Rose-Marie Pagnard / Noëlle Revaz / Aude Seigne
Livre à commander sous : https://www.infolio.ch/livre/dans-les-pas-de-walser.htm

Best-seller, 2011

Si vous croisez un chien qui pourrait être un ange, fuyez!
Heureusement pour le lecteur, les deux amoureux au centre de cette histoire n’ont pas été prévenus et, tout occupés à construire leur carrière professionnelle, ils ne s’interrogent pas sur l’identité du chien errant qui fait irruption dans leur vie.
Dans ce conte tendre et lumineux, Isabelle Flükiger décrit quelques semaines de l’existence d’un jeune couple, qu’elle dissèque d’une plume toujours aussi incisive. Ses deux héros vont découvrir que l’égalité est un leurre, la méritocratie une fiction et, surtout, que la chance est bête à manger des croquettes.

Best-seller, Faim de siècle, 2011

L’espace vide du monstre, 2007

Louisa est jeune, elle est jolie, elle fait des études. Elle a un copain, qui l’aime, une maman, qui l’adore, des amis, qui l’apprécient. Mais Louisa se sent moche, stupide, seule. Une ratée… La vie qui s’ouvre à elle semble toute tracée: un métier, une famille, des choses simples… Mais ce n’est pas l’existence dont rêve Louisa, qui veut avoir un destin, être intéressante, spirituelle, brillante… Ne parvenant pas à incarner son idéal de réussite, Louisa va porter sa frustration jusqu’à ses extrêmes conséquences. Critique sociale et fin portrait psychologique, ce récit au style essentiel nous prend aux tripes et nous dépeint avec une habileté sans complaisance la « banalité du mal »..

L’espace vide du monstre, Editions de l’Hèbe, 2007

Se débattre encore, 2004

Hanna Brambour se réveille un matin dans un appartement inconnu, entourée de colocataires dont elle n’a aucun souvenir…

La quête d’une identité, d’amis, et la construction d’une vie idéale vont être alors ses seules préoccupations. Cette quête, cet idéal, sont-ils réellement siens? Qui sont ce public et ce maître de cérémonie la jugeant, l’observant, et en fin de compte, lui imposant ses pensées intimes ?

A-t-elle réellement perdu la mémoire, ou l’en a-t-on dépossédée ?

Se débattre encore, L’âge d’homme, 2004

Du ciel au ventre, 2003

« Je sais bien que je ne peux pas me prostituer à Fribourg. Je sais bien que je ne me prostituerai pas, parce que je suis lâche et conformiste… Je suis fille de la raison, et mon ennui me transperce jusqu’à en vomir. » Ainsi parle cette héroïne de la désolation moderne avant de se lancer dans la débauche préméditée et « philosophique ». Sur le mode de la cavale érotique avortée de deux provinciales à Paris, un premier roman vrai, déchirant et juste.

Prix Pro Helvetia de la Première oeuvre.

Le pays dont on vient

Le pays dont on vient, c’est comme la famille. On ne l’a pas choisi. Il arrive qu’il nous fasse honte, mais c’est comme ta mère : il n’y a que toi qui peux critiquer. On y a reçu nos premières leçons, les choses à dire et celles à taire ; quand rire et quoi faire. Il a fixé les premières habitudes, la raclette avec les cornichons, l’avis du Conseil fédéral avec les votations… D’accord ou pas, on est imprégné. C’est ce bagage-là qu’on promène dans le monde ; c’est avec lui qu’on compare, c’est avec lui qu’on comprend. Le pays dont on vient, c’est comme la famille : on commence par en faire partie ; il finit par faire partie de nous. 
 
Paru dans le livret « SRF ist… », sous la section « Identitätstiftend », Schweizer Radio und Fernsehen, 2015.

Marignan, etc.

Rédigé dans le cadre dʼune action de «Art+politique», Hourra, perdu ! 499 ans, Marignan (www.marignano.ch/), juillet 2014

Il était une fois de valeureux guerriers, quʼon appelait les Suisses. Ils avaient de gros mollets de montagnards, et jetaient à lʼoccasion des troncs dʼarbre sur leurs ennemis (Morgarten, 1315). Ils étaient si puissants et si sauvages que tous les princes dʼEurope, et jusquʼau pape, payaient des sommes folles pour que ces hommes fassent partie de leurs armées.

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Pourquoi j’écris

J’écris par vengeance.
Ça a été le seul moyen de casser la gueule à Florian. Il n’en a jamais rien su, mais je lui ai découpé les organes et arraché les dents.
Le lendemain, le lever du jour faisait une ligne turquoise sur la bordure des montagnes. Au-dessus, la nuit passait au bleu de prusse, et j’ai regardé le turquoise prendre la maîtrise du ciel.  Alors il a fallu que je prolonge l’instant et j’ai pris un stylo. Depuis, il continue de vibrer; c’est un instant suspendu, dilaté comme une bulle.
Ce soir-là, on m’a demandé pourquoi j’écrivais. J’ai parlé des auteurs que j’aime et des émotions esthétiques. Exaltée, j’ai dit: “Le plaisir du rythme, des sonorités du texte, n’a pas de concurrence.” Et j’ai réalisé que ma braguette était ouverte.
En rentrant, j’ai écrit l’histoire de cet homme qui fait une déclaration d’amour avec du persil dans les dents. Ça m’a fait rire; j’ai remercié cette conne de braguette. Dehors, la lune avait une drôle de couleur, les arbres craquaient dans le vent noir. Je suis sortie et j’ai cherché les mots adéquats. C’est en les trouvant que j’ai accédé à cette lune et ce vent-là.

En m’endormant enfin, je me suis demandé ce qui valait la peine d’être dit. Mais, même si je me pose la question, ce n’est pas là ce qui me pousse à écrire.

Publié dans LA PIJE (journal autour du PIJA), no 2, juillet 2012, numéro en partie dédié à la question « Pourquoi j’écris? ».